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12/12/2020 -
Paludisme : situation mondiale 2020 (Organisation mondiale de la santé)


Auteur : Patrick GEROME  - Biographie et Liens d'intérêt Lu 12430 fois

L'édition 2020 du rapport sur le paludisme dans le monde a été publiée le 30 novembre 2020 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). L'essentiel en est présenté ci-dessous.

1. ÉVOLUTION DU NOMBRE DE CAS ET DE DÉCÈS 

1.1. Au niveau mondial

En 2019, le nombre de cas de paludisme est estimé à 229 millions (M) dans 87 pays d'endémie palustre et celui des décès à 409 000 dont 67% concernent les enfants de moins de 5 ans.

L'incidence du paludisme (nombre de cas pour 1 000 habitants exposés au risque de paludisme) a reculé au niveau mondial, passant de 80 en 2000 à 57 en 2019. Mais entre 2015 (incidence de 58) et 2019, on note un net ralentissement de ce recul. La tendance est la même pour la mortalité associée au paludisme (nombre de décès pour 100 000 habitants exposés au risque de paludisme) qui est passée de 25 en 2000 à 12 en 2015, puis 10 en 2019.

En 2019, 29 pays ont concentré 95 % du nombre total des cas de paludisme et le Nigéria (27 %), la République démocratique du Congo (12 %), l'Ouganda (5 %), le Mozambique (4 %) et le Niger (3 %) ont enregistré, à eux seuls, près de 51 % des cas. Près de 95 % des décès ont été enregistrés dans 31 pays, le Nigéria (23 %), la République démocratique du Congo (11 %), la Tanzanie (5 %), le Mozambique (4 %), le Niger (4 %) et le Burkina Faso (4 %) enregistrant près de 51 % des décès.

Le  nombre de pays où le paludisme était endémique en 2000 et qui ont rapporté moins de 10 000 cas a augmenté, passant de 26 en 2000 à 46 en 2019. Au cours de la même période, les pays comptant moins de 100 cas de paludisme autochtone sont passés de 6 à 27. De 2000 à 2019, la transmission du paludisme n'est réapparue dans aucun pays préalablement certifiés exempts de paludisme. Depuis 2010, 9 pays ont réussi à éliminer la maladie : Maroc (2010), Turkménistan (2010), Arménie (2011), Kirghizistan (2016), Sri Lanka (2016), Ouzbékistan (2018), Paraguay (2018), Argentine (2019), Algérie (2019).

Le pourcentage des infections à Plasmodium vivax a diminué de 7% en 2000 à 3% en 2019.

1.2. Région Afrique de l'OMS

La région Afrique de l'OMS représente 94 % (215 M) des cas estimés dans le monde en 2019 et dans cette région, l'incidence du paludisme est passée de 363 à 225 sur la période 2000-2019. Sur la même période, le nombre de décès a diminué de 44 % (680 000 en 2000, 384 000 en 2019) et la mortalité a baissé de 67 %, chutant de 121 à 40.

Le Cap-Vert n'a signalé aucun cas de paludisme autochtone pour la première fois depuis 2000. Les Comores ont signalé plus de cas en 2019 qu'en 2018, avec 1 986 cas supplémentaires en 2019.

1.3. Région Asie du Sud-Est de l'OMS

La région Asie du Sud-Est de l'OMS représente 3 % des cas de paludisme dans le monde. Le nombre de cas y a chuté de 73 % (23 M en 2000, 6,3 M en 2019). L'incidence du paludisme dans cette région a diminué de 78 % (18 en 2000, contre 4 en 2019). Le nombre de décès a diminué de 74 % (35 000 en 2000, 9 000 en 2019).

L'Inde a enregistré la baisse la plus prononcée, avec près de 20 M de cas en 2000, contre 5,6 M en 2019, mais concentre près de 86% des décès de la région.

Dans les six pays de la sous-région du Grand Mékong (Cambodge, Chine [province du Yunnan], Laos, Myanmar, Thaïlande et Viêt Nam), le nombre de cas de paludisme à P. falciparum a diminué de 97 % entre 2000 et 2019, et le nombre total de cas a chuté de 90 %. En 2019, P. falciparum était à l'origine de 27% des cas. Le Cambodge (58 %) et le Myanmar (31 %) ont concentré une large majorité des cas de paludisme dans la sous-région du Grand Mékong.

Le Sri Lanka a été certifié exempt de paludisme en 2015, et le Timor-Occidental a rapporté zéro cas de paludisme en 2018 et 2019.

1.4. Région Méditerranée orientale de l'OMS

Dans la région Méditerranée orientale de l'OMS, le nombre de cas de paludisme a baissé de 26 % (7 M en 2000, 5 M en 2019). Près d'un quart de ces cas en 2019 étaient dus à P. vivax, principalement en Afghanistan et au Pakistan. Sur la même période, l'incidence est passée de 20 à 10. Le nombre de décès a diminué de 16 % (12 000 en 2000, 10 100 en 2019) et la mortalité a baissé de moitié, passant de 4 à 2 décès.

Avec quasiment 46 % des cas, le Soudan est le pays le plus touché. La République islamique d'Iran n'a rapporté aucun cas de paludisme autochtone en 2018 et 2019.

1.5. Région Pacifique occidental de l'OMS

Dans la région Pacifique occidental de l'OMS, 1,7 million de cas ont été estimés en 2019, soit une baisse de 43 % par rapport à 2000. Sur la même période, l'incidence est passée de 5 à 2, le nombre de décès a diminué de 52 % (6 600 en 2000, 3 200 en 2019), et la mortalité de 60 %, chutant de 1 à 0,4.

La Papouasie-Nouvelle Guinée a enregistré près de 80 % des cas et 85% des décès dans cette région en 2019. Depuis 2017, la Chine n'a rapporté aucun cas de paludisme indigène. La Malaisie n'a rapporté aucun cas de paludisme humain en 2018 et 2019.

1.6. Région des Amériques de l'OMS

Dans la région Amériques de l'OMS, le nombre de cas de paludisme a diminué de 40 % entre 2000 et 2019 (1,5 M contre 0,9 M) et l'incidence du paludisme de 57 % (de 14 à 6). Le nombre de décès a diminué de 39 % (909 contre 551) et la mortalité de 50 % (0,8 contre 0,4).

Les progrès réalisés dans cette région ces dernières années ont souffert de la forte hausse du paludisme au Venezuela, qui avait recensé près de 35 500 cas en 2000 contre plus de 467 000 en 2019. Le Brésil, la Colombie et le Venezuela concentrent plus de 86 % des cas dans cette région. Le Costa Rica, l'Équateur et le Suriname ont signalé plus de cas en 2019 qu'en 2018, avec respectivement 25, 150 et 66 cas supplémentaires en 2019. Plus de 70 % des décès en 2019 dans cette région ont été enregistrés au Venezuela. 

Belize n'a signalé aucun cas de paludisme autochtone pour la première fois depuis 2000. El Salvador n'a rapporté aucun cas de paludisme autochtone pour la troisième année consécutive et a donc déposé une demande formelle de certification.

2. POIDS DU PALUDISME PENDANT LA GROSSESSE

En 2019, sur les 33 millions de femmes enceintes vivant dans 33 pays de la région Afrique de l'OMS où la transmission est modérée à élevée, 35 % (soit 12 millions) ont été exposées à une infection palustre durant leur grossesse. La prévalence d'exposition durant la grossesse était de 40% en Afrique centrale, de 39%  en Afrique de l'Ouest, et de 24 % en Afrique de l'Est et en Afrique australe. En conséquence de cette exposition, 822 000 enfants ont présenté un faible poids à la naissance dans ces 33 pays.

3. MENACES BIOLOGIQUES

3.1. Délétion des gènes pfhrp2/3 du parasite

La délétion des gènes pfhrp2 et pfhrp3 (pfhrp2/3) de P. falciparum rendent ce dernier indétectable par les tests de diagnostic rapides (TDR) basés sur la détection de la protéine riche en histidine 2 (HRP2). A ce jour 32 pays ont rapporté une délétion du gène pfhrp2, toutefois, les conséquences sur le le plan clinique restent à clarifier.

Entre 2019 et septembre 2020, des enquêtes sur la délétion des gènes pfhrp2/3 ont été rapportées dans 16 publications émanant de 15 pays. La délétion a été confirmée dans 12 rapports provenant de 11 pays : Chine, Guinée équatoriale, Éthiopie, Ghana, Myanmar, Nigéria, Soudan, Ouganda, Royaume-Uni (cas importés), Tanzanie et Zambie. Aucune délétion n'a été identifiée en France (cas importés), à Haïti, au Kenya et au Mozambique.

Les données sont accessibles sur une carte interactive accessible sur l'internet et mise à jour par l'OMS.

Si la prévalence de la suppression est supérieure à 5% l'OMS préconise un changement de test diagnostic, mais il n'existe à l'heure actuelle aucune combinaison de tests non-HRP2 préqualifiée par l'OMS, capable de faire la distinction entre P. falciparum et P. vivax.

3.2. Résistance des parasites aux antipaludiques 

Des mutations du gène PfKelch13 ont été identifiées en tant que marqueurs moléculaires de résistance partielle à l'artémisine.

a. Région Afrique de l'OMS 

Dans la région Afrique de l'OMS, les traitements de première intention contre les infections à P. falciparum sont à base d'artéméther-luméfantrine (AL), d'artésunate-amodiaquine (AS-AQ) et de dihydroartémisinine-pipéraquine (DHA-PPQ) avec des taux d'efficacité respectifs contre les infections à P. falciparum de 98 %, 98,4 % et 99,4 % qui n'ont jamais faibli au fil du temps.

Il n'existe aucune preuve d'une résistance confirmée à la luméfantrine et pour tous les autres médicaments, les taux d'échec au traitement restent inférieurs à 10 %.

Le Rwanda a détecté une prévalence en hausse d'un mutation du gène PfKelch13, la mutation R561H. La présence de cette mutation a été confirmée au Rwanda en 2018. Toutefois, il apparaît pour l'instant que l'élimination retardée du parasite associée à cette mutation n'a pas affecté l'efficacité des thérapies combinées à base d'artémisine (ACT) utilisées parmi les traitements en cours de test et de déploiement au Rwanda.

La mutation R622I a été détectée en Érythrée, en Éthiopie, en Somalie et au Soudan, avec une fréquence en hausse dans la Corne de l'Afrique. Les ACT utilisés dans ces quatre pays restent efficaces en dépit de la présence de cette mutation. D'autres études sur l'élimination retardée du parasite sont nécessaires dans cette région.

b. Région des Amériques de l'OMS

Les traitements de première intention contre les infections à P. falciparum dans la région Amériques de l'OMS sont à base d'AL, d'artésunate-méfloquine (AS-MQ) et de chloroquine (CQ). L'efficacité de l'AL et de l'AS-MQ reste élevée. 

Une étude sur la CQ réalisée en Bolivie en 2011 a détecté un taux d'échec au traitement de 10,4 %. Au Guyana, la mutation C580Y du gène PfKelch13 est apparue entre 2010 et 2017. Cependant, des études récentes ont découvert que 100 % des échantillons sont de souche sauvage, ce qui indique que cette mutation risque de disparaître au Guyana.

c. Région Asie du Sud-Est de l'OMS

Les traitements de première intention contre les infections à P. falciparum dans la région Asie du Sud-Est de l'OMS sont à base d'AL, d'artésunate-sulfadoxine-pyriméthamine (AS+SP) et de DHA-PPQ.

Les études relatives à l'efficacité thérapeutique de l'AL ont prouvé la très grande efficacité de ce traitement au Bhoutan, en Inde, au Myanmar, au Népal et au Timor-Oriental. Des taux d'échec au traitement par AL de plus de 10% ont été observés dans trois études, dont une en Thaïlande et deux au Bangladesh.

En Inde, à la suite de forts taux d'échec au traitement par AS+SP dans les provinces du nord-est en 2013, l'Inde a modifié sa politique de traitement dans ces provinces et est passée à un traitement à base d'AL. Le traitement par AS+SP reste efficace partout ailleurs dans le pays.

En Thaïlande, les résultats des études sur l'efficacité des traitements ont conduit, en 2015, à l'adoption de la DHA-PPQ comme traitement de première intention. Des taux d'échec au traitement modérés à élevés ont été observés avec la DHA-PPQ dans l'est de la Thaïlande. De ce fait, le pays recommande actuellement un traitement à base d'artésunate-pyronaridine (AS-PY) dans cette région.

d. Région Méditerranée  de l'OMS

Dans la région Méditerranée orientale de l'OMS, les traitements à base d'AL et d'AS+SP restent efficaces dans les pays qui les utilisent en tant que traitement de première intention.

e. Région Pacifique occidental de l'OMS

Les traitements de première intention contre P. falciparum dans la région Pacifique occidental de l'OMS sont à base d'AL dans tous les pays d'endémie, hormis la Chine qui utilise l'AS-AQ.

Au Laos, des taux d'échec au traitement par AL de 10 % ou moins ont été observés dans quatre études dont les effectifs étaient insuffisants. Une étude avec un nombre de patients adéquat est actuellement en cours.

Une résistance partielle à l'artémisine s'est développée indépendamment dans plusieurs foyers de la sous-région du Grand Mékong. L'OMS continue de surveiller la situation, qui a évolué rapidement depuis les premières détections de mutations du gène PfKelch13 dans la sous-région du Grand Mékong. Certaines mutations ont disparu, alors que la prévalence d'autres mutations s'est accrue.

3.3. Résistance des vecteurs aux insecticides 

Les progrès réalisés dans la lutte contre le paludisme depuis l'an 2000 résultent principalement de la facilité d'accès aux moyens de lutte antivectorielle, particulièrement en Afrique subsaharienne. Ces progrès sont mis en péril par l'émergence de la résistance aux insecticides chez les moustiques anophèles. Cependant, la compréhension de l'ampleur du problème reste partielle pour plusieurs raisons : nombreux sont les pays qui ne réalisent pas une surveillance régulière et appropriée de la résistance des vecteurs locaux aux insecticides, et les données de suivi ne sont pas souvent partagées en temps opportun.

Sur les 82 pays d'endémie ayant fourni des données pour la période 2010-2019,

  • 28 ont détecté une résistance aux quatre classes d'insecticides les plus couramment utilisés - pyréthrinoïdes, organochlorés, carbamates et organophosphorés – chez au moins un des vecteurs du paludisme et sur un site de collecte ;
  • 73 ont constaté une résistance à une des classes d'insecticides au moins ;
  • 8 pays n'ont détecté jusqu'à présent aucune résistance à une quelconque classe d'insecticides.

Au niveau mondial, la résistance aux pyréthrinoïdes, la seule classe d'insecticides actuellement utilisée dans les moustiquaires imprégnées d'insecticides, continue de se répandre. Elle a été détectée chez au moins un des vecteurs du paludisme sur 69,9 % des sites pour lesquels des données sont disponibles. En se basant sur les données de surveillance de la résistance aux insecticides transmises à l'OMS, 330 zones situées dans 33 pays remplissent actuellement les critères recommandés par l'OMS pour le déploiement des moustiquaires imprégnées de butoxyde de pipéronyle (PBO), un synergiste utilisé pour renforcer la lutte contre la population de moustiques résistants aux pyréthrinoïdes.

La résistance aux organochlorés, aux carbamates et aux organophosphorés a été détectée respectivement sur, 63,4 % 31,7 % et 24,9 % des sites disposant de données de surveillance.

La résistance aux néonicotinoïdes et aux pyrazoles est signalée par certains États Membres, mais ces données  sont générées par le biais de procédures non validées pour tirer des conclusions sur l'état de résistance des populations vectorielles locales. Une procédure de test est en cours de développement.

Les données standard sur la résistance aux insecticides rapportées à l'OMS sont intégrées à la base de données mondiales de l'OMS sur la résistance aux insecticides chez les vecteurs du paludisme, et leur accès à des fins d'exploration est possible via la Carte des menaces du paludisme.

Source : Organisation mondiale de la santé

Lien : https://www.who.int/publications/i/item/9789240015791

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