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09/01/2019 -
Urgences médicales lors de vols aériens


Auteur : Christophe HOMMEL  - Biographie et Liens d'intérêt Lu 76 fois

Les urgences médicales en vol sont courantes et se produisent dans un environnement complexe avec des ressources médicales limitées. Les professionnels de santé sont souvent sollicités pour assister les passagers et l'équipe de vol affectés, et beaucoup ont une expérience limitée dans cet environnement.

On estime que les urgences médicales en vol se produisent dans environ 1 vol sur 604, soit entre 24 et 130 urgences médicales en vol par million de passagers. 

Ces événements se produisent dans un environnement unique, avec une pressurisation de la cabine de l'avion équivalente à une altitude de 1 500  à 2 500 mètres en vol, exposant les patients à une faible pression partielle en oxygène et à une faible humidité. 

Lorsque le personnel navigant le juge nécessaire, le commandant de bord peut décider de faire appel à un médecin et de poser la fameuse question sous forme d'annonce « Y a-t-il un médecin dans l'avion ? ». Le médecin passager doit alors présenter sa carte professionnelle afin d'attester de ses compétences médicales. Sur certaines compagnies aériennes américaines, le médecin passager qui ne présente pas sa carte professionnelle au personnel navigant peut voir son aide refusée ! Le médecin va donc devoir réagir rapidement, confronté à une problématique qui n'appartient pas à sa spécialité ou avec laquelle il n'est pas familier, dans un espace exigu, bruyant, très éloigné des conditions habituelles dans lesquelles un patient est accueilli et traité par un médecin. Ce dernier était d'ailleurs peut-être fatigué, endormi, sous l'influence d'un hypnotique, avait consommé de l'alcool, supportait mal le décalage horaire…

Dès lors, quel(s) moyen(s) thérapeutique(s) le médecin passager peut-il espérer utiliser pour traiter le passager malade ? Les équipements de secours sont adaptés au nombre de sièges passagers de l'appareil.

  • Tout d'abord, il existe une trousse de premiers soins, destinée à l'usage de l'équipage et qui contient des médications usuelles réputées pour leur innocuité (antalgiques antipyrétiques, collyres, antiémétisants, décongestionnants nasaux, antispasmodiques, pansements gastriques…).
  • Ensuite, il existe une trousse médicale d'urgence. Cette boîte est obligatoire dès que l'avion peut transporter plus de 30 passagers et qu'un point quelconque de la route aérienne prévue est situé à plus de 60 minutes de vol d'un aérodrome où une assistance médicale est disponible en cas de besoin . Pour Air France, le contenu de cette boite est défini en accord avec le SAMU et permet de faire face aux grandes urgences : drogues à visée cardio-vasculaire (Adrénaline, Trinitrine, Nifédipine, Atropine, Cédilanide, diurétiques), corticoïdes, anti-inflammatoires, broncho-dilatateurs, psychotropes, anti-paludéens, sérum glucosé hypertonique, stéthoscope, tensiomètre, canules, clamps, garrots, seringues…. Elle ne peut être utilisée qu'après accord du commandant de bord pour être remise à un médecin qui a fourni une preuve de sa profession, pour préparer un dialogue avec le SAMU ou pour utiliser le tensiomètre ou le stéthoscope pour des raisons médicales.
  • Enfin, plusieurs compagnies aériennes embarquent à leur bord un défibrillateur semi-automatique. C'est le cas pour Air France qui, depuis fin 2002, en a équipé l'ensemble de sa flotte et a fait bénéficier ses 14 000 hôtesses et stewards d'une formation spécifique. Cette acquisition permettrait de sauver 1 passager sur 3 victimes d'un arrêt cardio-respiratoire soit, pour Air France, 2 passagers par an.

Les urgences médicales en vol les plus courantes impliquent une syncope ou une quasi-syncope (32,7 %), un symptôme gastro-intestinal (14,8 %), respiratoire (10,1 %), ou des signes cardiovasculaires (7,0 %). 

Les urgences médicales en vol moins fréquentes comprennent le traumatisme, les symptômes psychiatriques, l'abus et le sevrage de substances, les réactions allergiques, les urgences obstétriques et l'arrêt cardiaque. 

Selon les estimations, environ 4,4 %  des urgences médicales en vol détournent l'avion de la destination prévue vers un autre aéroport en raison de l'urgence médicale. 

Les urgences médicales en vol impliquent le plus souvent des symptômes proches de la syncope et gastro-intestinaux, respiratoires et cardiovasculaires. Les professionnels de la santé peuvent apporter leur aide lors de ces urgences dans le cadre d'une équipe collaborative composée de l'équipage de conduite et des médecins au sol.

Christian Martin-Gill, Thomas J. Doyle, Donald M. Yealy, JAMA. 2018; 320 (24): 2580-2590. doi: 10.1001 / jama.2018.19842

Source : Journal of the American Medical Association.

Lien : https://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/2719313